Table ronde  " les artistes ne sont pas éternels"

Table ronde  " les artistes ne sont pas éternels"


Une rencontre pour réfléchir autour de la pérennité d'une œuvre et de la question encore tabou des fonds d'atelier d'artistes.

Durant toute l’exposition Mario Masin, seront accrochées des œuvres de la peintre Thérèse Martin (1933 à Hazebrouk). Des œuvres lumineuses en équilibre entre le hasard et le contrôle, souvent inspirées par la beauté de la nature et l’harmonie de l’opéra.

Une tournée d'adieu d'un peintre n'est pas courante mais elle nous permet de nous associer à Walter Tschopp, le conservateur de Fondation FAA, chez qui sont déposées les œuvres de Thérèse Martin, afin de réfléchir autour de la pérennité d'une œuvre et de la question encore taboue des fonds d'atelier d'artistes. Nous inviterons collectionneurs, conservateurs, artistes et politiques.


MARIO MASINI TOURNÉE D’ADIEU DU 9 AVRIL AU 7 MAI


NOTES D’EXPOSITION NICHOLAS MAROLF

Direction artistique 


Partager l’oubli ou transmettre une mémoire. C’est la couleur des interrogations que nous aborderons durant la saison 2022 de Contrecontre.Est-ce que l’artiste partage des «contenus» ou, au contraire, le fait d’être amené à les perdre ?Se poser, tranquillement, face à l’oubli. De toute sorte.L’art a-t-il une vie propre ou est-il son imposture, la trace même de son impossibilité d’accès ?En collaboration avec la fondation Atelier d’Artistes nous proposerons une table ronde. son thèmesera : «les artistes ne sont pas éternels». Histoire, aussi, d’aborder et de réfléchir autour de la pérennité d’une œuvre et la question encore tabou des restes d’ateliers des artistes morts.́


•«... Aux portes de la Sorbonne, la première bataille, les premiers pavés, les premières grenades, la première barricade. Dans l’atmosphère anéantie par les gazlacrymogènes, les policiers continuent de ratisser le boulevard Saint-Michel, ils s’engouffrent dans la rue Culjat, ils ratissent vraiment à coup de matraque...attention...attention... François il y a un pavé...»


•Pendant 2 mois la France va vivre au rythme des radios ...la télé, elle, est contrôlée par le gouvernement...un vent de liberté souffle chez les périphériques...» (Radio 1968 et la radio-Archive INA)Nous sommes en 1968. Mario Masini peint son premier tableau. Une idée, une tentation qui durera longtemps. Dans son texte«contes à rebours» Régina Gracia écrit :«Je ne suis pas la première personne à noter son rapport à la matière, sa gamme de couleurs presque toujours terriennes et éteintes (...) et son flirt avec le kitsch.»A y voir de plus près, c’est bien l’idée de ce kitsch terrien qui pourrait dynamiter notre idée collective du beau et du bien fait. Trop vite vu, trop bien rangé. C’est donc à sa «tournéed’Adieu» que nous vous invitons. Tournée qui débute à l’Espace ContreContre et se poursuivra à Sainte-Croix, Vevey, Neuchâtel et Lausanne, Naples peut-être.


La tournée d’adieu d’un peintre n’est pas courante, mais elle nous permet de nous associer à la Fondation Ateliers d’Artistes et à son conservateur Walter Tschopp afin de réfléchiràcette finitudeplus ou moins programmée, mais à la trace matérialisée: ce passage qu’on oublie.Cette réflexion fera l’objet d’une table ronde autour de laquelle nous inviterons collectionneurs, conservateurs, artistes et politiciens. Le titre est : Les artistes ne sont pas éternels. Quant à leurs traces...Note scénographique 1Imaginer l’ouverture d’une porte imaginaire, l’arrière d’un Louvre de banlieue d’une ville au nom imprononçable. Ou d’un dépôt muséal ou de l’abri anti-atomique d’une villa martigneraine.Leurs fenêtres choisies pourtant, avec cette envie amoureuse de conter une histoire dans le temps (maintenant), dans le lieu (ici), avec le regard de cet instant dérobé aux modes et aux instrumentalisations de l’époque nôtre.Tenter de Se désinscrire en somme, afin de regarder sans plus de soucis que regarder, comme on lirait un livre en se foutant de l’auteur et de sa maison d’édition.Note scénographique2En visitant récemment une exposition (à Thun), accompagné de l’une des (rares) artistes qui me touche totalement :Elle : -si ces photos étaient présentées ailleurs que dans ce musée, dans la salle d’attente d’une petite gare, par exemple, est-ce que nous prendrions autant de temps à nous interroger sur le sens ou le message de ces images ?Moi : (avec en tête :images étonnamment intéressantes pour la salle d’attente/ trop peu d’intérêt pour un musée d’Art contemporain)Ilnous serait important de poser le même regard sur un sac de ciment exposé dans une galerie ou délaissé au milieu d’un chantier.


Planète des Hommes(Peut-être à dire)« Il y a des artistes pour qui peindre est une aventure qui se joue en direct. Pas de message prémédité, pas de concept auquel trouver un équivalent plastique,(...) juste des couleurs, des outils et une sorte de réservoir intérieur (...)Pour moi :remplacer « artiste » par humain et « peinture » par vivre. En cela je veux offrir, en contrepoint à la peinture de Mario Masini, quelques « réalités » de Thérèse Martin.Ces deux êtres ont en commun une traversée du temps artistique sans aucune concession,sans ombrage des modèles ou des ondulations temporaires. Ces deux peintres restent perpétuellement décalés, atemporellement justes : rien ne les fait dévier de ce qu’ilsont à dire. Ni les modes, ni les discours nouveaux.Ils ont traversé les époques avec le bagage dont ils ont hérité et pris le temps d’offrir.Ni plus, ni moinsNMThérèse MartinNée le 18 novembre 1933 à Hazebrouck, en France, Thérèse Martin grandit en Algérie puis à Aix-en-Provence, avant de s’établir à Lausanne en 1954.Elle effectue des séjours réguliers dans le Midi dela France. De 1956 à 1958, elle fréquente les ateliers des peintres David Burnand et Paul Froidevaux, et suit les cours de ce dernier à l’École-Club Migros. De 1958 à 1961, elle poursuit sa formation à l’École Cantonale des Arts Visuels ECAL, dans la sectionpeinture et dessin. Dès 1964, Martin présente son œuvre dans des

expositions collectives et personnelles en Suisse et à l’étranger, notamment à la Kunsthalle de Berne (1984) et à la Galerie Européenne de Boston (1996). Elle devient également membre de VISARTE Vaud en 1971 et compte parmi les membres fondateurs de la Galerie Suisse de Paris (1979). Elle obtient le prix du Président au7e concours international de la Palme d’or des Beaux-Arts à Monte-Carlo (1975) et le 1er prix au Salonde la peinture de la Maison des Arts du Beausset(1978). De plus, elle enseigne la peinture et le dessinde 1973 à 1995 à l’École-Club Migros et dans lescollèges lausannois de 1981 à 1983.En peinture,en dessin, en gravure ou en collage –les techniquesse combinent souvent –elle«peint le rêve» [martin, document inédit]. Dans son œuvre s’expriment la réinvention perpétuelle de l’artiste, ainsi qu’un équilibre entre hasard et contrôle, une inspiration par la beautéde la nature et l’harmonie de l’opéra. Aujourd’hui, Thérèse Martin continue de peindre, avec la ferveur etla curiosité émerveillée de l’éternel apprenti sorcier. »

[Jaunin, 1995,p. 24].

Pa-t-ilauline Fleurdelys(Biographie tirée du livre «Redécouvertes –La Fondation Ateliers d’Artistes», Gollion et St-Maurice, 2021, p. 98


NOTE SCENOGRAPHIQUE. 3

L’Art va-t-il une vie propre / je me demande.

Ou est-il son imposture, sa trace, l’idée même de son inaccessibilité?


«Tout homme, toute femme, qui assigne une fin à l’amour, n’aime pas. 

Tout être humain ou animal qui fixe un but à l’amour, n’aime pas. Qui impose un contenu, n’aime pas. (...)»

Pascal Quignard

L’amour la mer 


J’y songe toujours: être intelligible.

Nicholas Marolf