Ils ont en commun une relation très personnelle avec la ville de Zürich. Bénédicte Gross, peintre et dessinatrice agaunoise et Bertrand Fellay, artisan menuisier et sculpteur valaisan, se sont aventurés dans cette métropole pour des raisons personnelles, mais pas ineffables. 

Ils ne se connaissaient absolument pas, mais de cette rencontre, une exposition dialoguée se monte, proche de l'installation. De manière plus cachée et abstraite, l'humanité, liée à sa perception et sa confrontation aux impératifs politiques et sociétaux, pose ses questions . Le travail de ces deux artistes est profondément militant. Sans aucun doute, ceci est un manifeste ! 

Nicolas Marolf, Commissaire d'exposition

 

Horaires: Jeudis et Vendredis 17h - 20h & Samedis et Dimanches 14h - 18h

En présence des artistes, pour Bertrand Fellay : 17 et 25 avril, 2 mai et pour Bénédicte Gross : 17, 24 et 25 avril, 6 et 15 mai

Bertrand Fellay, bois, installation

 

 

Les liens de Bertrand Fellay avec le Valais : Ambigus 

"Travailler le bois en Valais sans faire dans le néo-folklore n’est pas forcément une sinécure, surtout dans un canton où l’attente se situe bien plus du côté du (faux) vieux que du contemporain. Ma démarche consiste à rappeler combien le « design » de vieux bâtiments traditionnels est magnifique de minimalisme et d’attention aux détails, à rappeler les qualités plastiques des matériaux traditionnels, de faire découvrir leur sensualité cachée. Un certain retour à l’essentiel qui permettrait de revaloriser nos ressources indigènes. Entre création et tradition, mon travail revendique son appartenance à un patrimoine historique et culturel, comme garde-fou à l’acculturation ambiante". Bertrand Fellay

Un univers de récupération habillé des couleurs acidulées et vives des années 70

Le menuisier s’interroge. Il devient alors cet artiste qui brave les lois fondamentales de l’ébénisterie et prend plaisir à faire des choses qui ne se font pas. Il assemble des morceaux et des essences que l’on n’unirait jamais et dont lui-même ne peut prévoir la pérennité – ou non. Cela vaut pour ses créations, mais non pour ses aménagements d’architecture d’intérieur ou ses constructions extérieures, où là, les règles sont de rigueur.

Bertrand Fellay récupère donc des matériaux, comme cette poutre centenaire de mélèze, aujourd’hui brutalement sciée par d’autres, qui n’y voient plus sa préciosité, ni la dureté de pierre que ses sillons si serrés recèlent. A cela s’ajoutent des meubles anciens abandonnés et avec eux tout le savoir-faire de leur manufacture. 

 

Ses improbables assemblages donnent naissance à des objets qui se déploient en utilitaires et qui posent la question de leur fonctionnalité. Comme ce coffre en bois qui devient table basse, ce lit reposant sur des balles de tennis, cette table à convives aux angles recourbés, ces pieds de chaise surdimensionnés qui élèvent le siège hors de portée, ou encore ces plateaux sur haute tige s’offrant en porte-livre, et ce tabouret à l’assise si reflétante que l’on hésite à y poser ses fesses. Pour Bertrand Fellay, il est aussi très important de s’amuser !

 

Dans la continuité de ce questionnement qu’il nous soumet, ses pièces sont délicatement incrustées d’un matériau, en opposition – toujours – avec la définition de la noblesse du bois, ou alors elles sont revêtues, presque secrètement, d’un stratifié haute pression (formica) – là encore, de récupération – où nous surprennent les couleurs oubliées du rose bonbon, du vert tendre ou vert anis, de l’orange plein, du bleu ciel, du rouge vif, bleu indigo et jaune pastel.

 

Le tout est d’une élégance omniprésente, d’une sobriété qui calme l’œil. Fabienne Samson, visite d'atelier juillet 2020

Bénédicte Gross, peinture

La couleur et le chaos 

Aux techniques d'aquarelle-acryl, une architecture dans le ciel, frottée jusqu'à la trame. Une série de drapeaux (Drapeaux dynamiques), comme autant de proies à porter. Un chaos idéologique de zones à ne pas dépasser - ou celles-ci deviennent une conquête illégale, un viol territorial (Territoires imaginaires). Bénédicte Gross connait la science politique des formes. 

Une nuit elle rêve. Voit exploser l'Europe. Pour le Vieux Continent, les perspectives ne sont pas bonnes, sauf en peinture ; son histoire est là : des fresques pompéiennes se souvenant de la Grèce, des démocraties surveillantes, de l'érection des temples, des colonnes infinies qui blessent le ciel. Par et d'où, le regarder cet écroulement? (die Fragilität und die Stärke).

Dans la peinture de Bénédicte, une suspension de temps. 

Le décor politique s'effondre comme le faste d'un opéra archaïque. Acrimonie païenne. 

2020 /2021, espérer ! Cet acte silencieux sera-t-il suivi d'un autre ? Autrement enchanté. 

Face à ses toiles, le spectateur peut prendre conscience, l'instant d'un arrêt sur image, de la lourdeur de ce qui nous a construit, de ce que nous construisons : le décor retombe sur nous dans un vol de déclin, nous fait manger la terre des ancêtres. 

Topographique, politique, historique, Bénédicte Gross traverse les temps avec la poésie d'une Cassandre ludique. Nicholas Marolf, curateur d'exposition 

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