Laurence Bender

04/11/2019 - 05/10/2019

Laurence Bender : rythme de peinture

« Un jardin »

Parfois, depuis le seuil même du lieu, certains tableaux de chaire noire, rouge ou blanche me fascinent: une entrée pour prier, pour incanter le vague ou le non-encore. Le tableau est là pour entrer. Il le veut, il invite, si nous sommes présents. A l’intérieur, l’ordre du sacré : le chemin du pinceau, le chemin de la fibre aussi, le support et la surface. Intimes.

Pour la surface, je voudrais parler de peau tannée qu’on scarifie, d’un animal, d’une matière vivante.

Laurence Bender préfère : « une main qui détisse fil après fil la toile avec douceur et fermeté… ».

J’écris ou voudrais écrire : « comme un fou qui se scarifie, s’arracherait d’une peau qui n’est plus sienne».

Elle poursuit : « …tel un artisan relié à son œuvre. ».

En tous les cas un poème prend forme. Une partition mélodique. Une écriture naît dans la toile, la strophe à venir vibre en matière brute. Des signes, des mots aux graphies d’une langue très ancienne et ressurgie.

Laurence Bender dit que peindre « mène dans un espace où existe l’essentiel ». Dans le meilleur des cas, ai-je envie d’ajouter ; elle poursuit : « le mouvement du corps épouse le rythme, le rythme prend le corps en ce mouvement », c’est là que « jaillit la source vive de mon cœur, la danse de la vie ».

Elle vit l’ancrage.

A la nature, la sienne. L’autre, aussi, bien sûr : la terre qui tremble, ses fissures, les éruptions, les jaillissements, le silence et l’espace. Inscrire cela. Sur la toile. Renouveler encore. L’énigme.

Pour déshabiller, fil après fil, les multiples robes de sa mémoire.

Tout est vivant chez Laurence Bender.

Tout se réveille. Printemps entre les doigts, ouvrir la terre gelée, sarcler jusqu’au sang sous les ongles.

Les fleurs viendront.

Nicolas Marolf, curateur de l’exposition

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Laurence Bender

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