Bénédicte Gross

Peinture

La couleur et le chaos

Aux techniques d'aquarelle-acryl, une architecture dans le ciel, frottée jusqu'à la trame. Une série de drapeaux (Drapeaux dynamiques), comme autant de proies à porter. Un chaos idéologique de zones à ne pas dépasser - ou celles-ci deviennent une conquête illégale, un viol territorial (Territoires imaginaires). Bénédicte Gross connait la science politique des formes.

Une nuit elle rêve. Voit exploser l'Europe. Pour le Vieux Continent, les perspectives ne sont pas bonnes, sauf en peinture ; son histoire est là : des fresques pompéiennes se souvenant de la Grèce, des démocraties surveillantes, de l'érection des temples, des colonnes infinies qui blessent le ciel. Par et d'où, le regarder cet écroulement? (die Fragilität und die Stärke).

Dans la peinture de Bénédicte, une suspension de temps.

Le décor politique s'effondre comme le faste d'un opéra archaïque. Acrimonie païenne.

2020 /2021, espérer ! Cet acte silencieux sera-t-il suivi d'un autre ? Autrement enchanté.

Face à ses toiles, le spectateur peut prendre conscience, l'instant d'un arrêt sur image, de la lourdeur de ce qui nous a construit, de ce que nous construisons : le décor retombe sur nous dans un vol de déclin, nous fait manger la terre des ancêtres.

Topographique, politique, historique, Bénédicte Gross traverse les temps avec la poésie d'une Cassandre ludique.

Nicholas Marolf, curateur d'exposition

Gross

Horizon, acrylique, encre d'imprimerie sur papier TEX, 107x91cm, 2020/2021 - Bénédicte Gross